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Enseignement : Dominique Broc virée du CNED
23 avr. 2012
L’histoire est digne de Kafka et du roi Ubu : À 2 ans de la retraite Dominique Broc, 57 ans, est contrainte, par manque de postes et restrictions budgétaires, de retourner en classe alors qu'elle travaillait à domicile pour le CNED et que ses états de service font l’unanimité depuis 10 ans. Tout cela au nom de la maîtrise des dépenses publiques : quel sens faut-il donner à la décision du CNED de contraindre une professeur paraplégique à quitter le confort de son travail à domicile pour se retrouver face à des élèves, à deux ans de la retraite ?
Depuis dix ans maintenant, Dominique Broc, travaille depuis chez elle, à Clairac (47), pour le compte du CNED (Centre national d'enseignement à distance). Elle est d'abord correctrice de copies d'élèves de CE2 ; depuis deux ans, elle est conceptrice d'exercices interactifs proposés aux élèves sur la toile. Un métier qui la passionne.
Fille d'un père agriculteur et d'une mère institutrice, Dominique Broc a toujours voulu travailler dans l’enseignement. C'est une tumeur de la moelle qui en est responsable de sa paraplégie. Opérée 6 fois entre 1977 et 1988, c'est à cette date que la maladie et les opérations ont raison de sa motricité. En fauteuil, Dominique n'abandonne pas le désir d’enseigner. Mais Dominique commence à être trimballée d'une école à l'autre, au gré des disponibilités. Clairac, Tonneins, re-Clairac… Fatiguée par son état de santé Dominique est contrainte d'opter pour un mi-temps en 1999 avant d'envisager une réorientation professionnelle. Elle passe alors un DEUG de documentaliste à Montauban, avant de se voir refuser, fin 2001, un poste au centre départemental de documentation pédagogique à Agen : « Pour la première fois j'ai craqué. ça m'a plus touché que mes problèmes de santé. J'ai alors demandé à travailler pour le CNED. » Où elle donne entière satisfaction. Pour preuve, au moment de demander le renouvellement de son contrat, début 2012, elle obtient l'avis « très favorable » du CNED et de la direction académique de Lot-et-Garonne qui avait classé son dossier comme « prioritaire ».
Oui mais voilà, l'académie de Bordeaux n'a qu'un seul poste adapté longue durée à pourvoir pour l'année 2012-2013. « Le recteur a expliqué qu'ayant déjà bénéficié d'un tel contrat, elle devait laisser la place et partir en préretraite ou reprendre une classe », relate Éric Delage, co-secrétaire départemental du SNUIPP-FSU. « Nous demandons simplement la création d'un deuxième poste. Au recteur de faire son boulot et de le demander au ministère. L'an dernier 8 postes ont été créés en cours d'année… »
En attendant, Dominique Broc est déterminée à se battre : « Demain, je déposerai un recours gracieux auprès du recteur. S'il refuse, je ferai un recours hiérarchique auprès du ministre. Et s'il le faut, j'irai devant le tribunal administratif. »
Pour la directrice de l’Académie, Laurence Adeline, qui a récupéré le dossier depuis que le rectorat a refusé de reconduire le contrat de Dominique Broc : « Mme Broc n'a pas été déclarée inapte à enseigner, elle réintègre donc nos effectifs. Nous recherchons une école proche de chez elle dans laquelle nous ferons les aménagements nécessaires ». Quel budget, quels aménagements et surtout quelle école : les réponses ne sont pas données…
Après 40 années de bons et loyaux services à l’éducation nationale, Dominique Broc doit se battre encore pour conserver un poste parfaitement adapté, contre une logique budgétaire totalement inadaptée à son cas : un comble…
En savoir plus : lettre ouverte de Dominique Broc :
http://47.snuipp.fr/IMG/pdf/Lettre_ouverte_Dominique_Broc_12_04_2012.pdf
Pierre Bardina





