Quelle accessibilité?
Ah ! le beau mot ! Accessibilité ! de 1975 à 2005, cette revendication en a suscité...
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1 mars 2010
L’APF, en collaboration avec l’Express et France Inter, a publié le 10 février dernier le palmarès des villes accessibles. À mi-chemin entre le vote de la loi de février 2005 et l’objectif d’accessibilité de 2015, les enquêteurs de l’APF et de l’Express dressent un tableau plutôt pessimiste...
Trois critères ont été retenus pour établir ce classement :
- Un cadre de vie adapté : les personnes handicapées de la ville ont-elles des difficultés à trouver de manière accessible des commerces / un centre commercial / un bureau de poste / un cabinet médical – paramédical / un cinéma / une piscine.
- Des équipements municipaux accessibles: services de la mairie principale, lignes de bus ou de tramway, écoles primaires public, théâtre municipal, part de stationnements réservés
- Une politique locale volontariste : existence d’une commission (inter) communale d’accessibilité, fréquence des réunions, existence de diagnostic d’accessibilité et de plan de mise en œuvre y compris sur les transports publics, recensement des logements accessibles.
Le classement général est une moyenne sur 20 des 3 notes données à chaque critère – le cadre de vie adapté et la politique locale volontariste sont notés sur 21, l’accessibilité des équipements et des services sur 22.
Le top 5 des villes accessibles – selon les critères retenus - est Nantes, Evry, Lyon, Grenoble et Rennes ; les notes vont de 14,4 / 20 pour la cinquième (Rennes) à 16,8 / 20 pour Nantes, ville plébiscitée. À la queue, les cancres sont Blois, Agen, Belfort, Evreux et Bastia. Cette dernière obtient même un zéro pointé pour sa politique municipale.
96 chefs-lieux de département à la loupe pour un résultat frappant : seule une petite quinzaine de villes obtiennent la moyenne ou plus aux 3 critères. Fallait-il donner la moyenne à des villes, qui dans un domaine, récoltent des notes médiocres ou carrément mauvaises ? la question mérite d’être posé ; car comment avoir un « cadre de vie adapté » quand les transports ne sont pas accessibles ou que la politique municipale n’est pas volontariste dans le domaine de l’accessibilité ? Ainsi Paris, Lille, Niort, Nanterre ou Alençon obtiennent la moyenne, grâce à leur politique volontariste. Nul ne sait, au travers de cette enquête plutôt réussie ce que ces villes sont en train d’entreprendre pour gommer leurs mauvaises notes dans les domaines du cadre de vie et des équipements. Il est de mise, dans notre politique moderne, d’annoncer beaucoup de choses et d’en réaliser peu. Il en va de même, très souvent, en matière d’accessibilité… Beaucoup d’annonce, peu de réalisation.
Malgré l’optimisme de la secrétaire d’état – qui vient enfin d’installer l’observatoire de l’accessibilité -, le choses ne se passent pas au mieux. D’ailleurs, déjà, Nadine Morano admet à demi-mot être favorable aux dérogations (qui, selon elle, ne concernerait que 4,6% des projets).
Voter la loi, c’est bien, l’appliquer, c’est mieux. Le palmarès des villes accessibles donne une photographie assez précise de l’état de la société française 5 ans après le vote de la loi de février 2005, et 5 ans avant sa mise en application : seule une petite trentaine de chefs-lieux français sont dans les clous et prennent le chemin de l’application de la loi de 2005.
JM Barbier, président de l’APF, intervenait sur France Inter dans l’émission d’Isabelle Giordano le jour de la sortie de l’enquête et rappelait que les seuls lieus accessibles en France étaient… les supermarchés. Symptomatique, non ? Il racontait aussi cette anecdocte : « Il y a quelques années, je me suis rendu à Londres ; pendant ma semaine de séjour, alors que je me baladais en fauteuil, des automobilistes se sont arrêtés pour me demander si je souhaitais qu’ils me déposent quelque part. Cela m’est arrivé deux fois en 7 jours en Angleterre, cela ne m’est jamais arrivé en 50 ans en France ».. Le civisme et la solidarité comme préambules au mieux vivre ensemble sont sûrement nécessaires, mais pas suffisants. Dura lex, sed lex… Dure est la loi, mais c’est la loi : seule la stricte application de la loi de février 2005 fera avancer durablement les choses.
Toute l’enquête :
http://dcdr.blogs.apf.asso.fr/media/02/02/712544737.pdf
Plus d'infos : http://dcdr.blogs.apf.asso.fr/media/02/02/712544737.pdf
Pierre Bardina
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