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22 Juillet 2010
Tout avait pourtant bien commencé… même si on savait qu’on allait en prendre dans le nez du passage de Cabo Cullera jusqu’au Cabo de la Nao. Si Cullera ne posa aucune difficulté, la mer se leva dès que le cap de la Nao fut en vue ; et évidemment de face, comme depuis pratiquement deux semaines maintenant. Mais ce coup-ci, beaucoup plus durement. Les flotteurs vibrent, s’enfoncent et tapent et la mer vient toujours légèrement de bâbord. Nous surveillons inquiets la jonction avant de la poutre bâbord qui a souffert. Mais là , nous voyons quasiment en direct la fixation des poutres agrandir l’aluminium, jusqu’à un diamètre supérieur au boulonnage. Willy place en urgence un bout de garcette autour de la tête de boulon, assurant celui-ci. Mais le flotteur tape sans cesse, et toujours plus violemment. Quasiment de concert, nous décidons le demi-tour vers Valence. Vent arrière ou travers arrière, Andy fonce sans forcer. Nous atteignons même 10 nœuds dans les surfs… Et la mer grossit. On enroule le gennaker et on continue juste avec la grand voile. Mais les conditions durcissent pour atteindre un bon force 5 ; la mer se creuse et notre petit trimaran fait le bouchon dans deux mètres de creux. On a pris les deux ris en vitesse et Andy continue à filer 6/7 nœuds. Le port de Valence est en vue et à l’arrache on arrive à descendre le petit hors bord. Le démarrer dans ce grand huit est une épreuve : on se fait balancer dans tous les sens ; d’autant que le marin d’une barge qui est en train de travailler devant la digue du port nous fait de grands signes : la barge tracte une bouée et nous passons dans l’axe du câble… de justesse. L’entrée du port est en vue : nous sommes à l’abri. Trempés, salés, un peu secoués, nous rejoignons le ponton que nous avions quitté le matin même. Le bateau amarré, nous constatons les dégâts. Par VHF, nous contactons le chantier du port, qui dépêche 2 personnes. Verdict et conseil : il faut changer la poutre… et il y en a pour minimum 5 jours. La tuile.
a2pa, épisode 1
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D’autant qu’elle n’arrive pas seule : dans notre timing, nous avons accumulé un retard considérable et nos visas pour l’Algérie expirent dans 10 jours. J’appelle le consulat d’Algérie à Montpellier pour obtenir un délai supplémentaire. Mais là , je me heurte à un veto net et sans appel. La moutarde me monte au nez, j’explique encore notre cas, mais rien à faire, aucun délai ne nous sera accordé. Je sais d’expérience que sans visa, tout ce qui nous sera accordé sera un permis d’escale, sans possibilité d’aller à terre, confiné au port au milieu des navires de pêche et de commerce. Impossible pour nous de ne pas descendre à terre, pour des raisons liées à notre handicap, avant tout. Bateau blessé, Algérie inaccessible, tout cela a un parfum d’aventure avortée…
Les avenues de Valence sont désertes pour cause de demi-finale de coupe du Monde. Dans les hôtels, les restaurants, les bars, tout Valence est devant les écrans. C’est à la terrasse d’un restaurant face à l’hôtel où nous passons la nuit que nous faisons le point tous deux. Pendant la journée, nous sommes repassés au port pour préparer le retour d’Andy – en clair trouver de la main d’œuvre pour démonter, démâter, sécuriser le trimaran. Nous remonterons jusqu’à Barcelone en train et mon paternel nous récupèrera jusqu’en France. Attablés, donc, devant une bouteille de vino Valenciano, il est temps de tirer les enseignements. Nous sommes de toute façon d’accord pour ne garder que le positif des 15 jours d’aventure que nous venons de vivre. Bien sûr, on a un petit goût amer au fond de la bouche. Mais la décision prise d’interrompre ici l’aventure est la bonne : à quoi bon risquer une casse – qui arrive toujours dans un moment de mer agitée – et un accident grave. Nous sommes en accord avec la ligne de conduite tracée : pas d’héroïsme et garder la maîtrise de la situation. Dont acte. Une casse, ça pique un peu l’amour-propre, mais ça ne dure pas longtemps. Nous sommes déjà heureux.
a2pa, 2ème épisode
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Tout ce que nous retenons déjà de ces 487 miles avalés, c’est avant tout la gentillesse des personnes rencontrées dans les ports. Toujours arrangeants, souvent prêts à se mettre en quatre, les rapports humains ont été riches. D’autant que nous n’avons pas programmé les escales : le jeu, c’est d’arriver à l’improviste. Et quand le ponton était trop haut, il y avait toujours deux gaillards pour nous hisser. On a souvent eu droit aussi à des : « Vous êtes handicapés… Mais, les deux ? » ou « Vous venez de France avec CE bateau ? ». Côté navigation, nous avons appris beaucoup et sommes autonomes, même sur de la longue distance. Parce que 500 milles, comme dit Willy « C’est pas une paille sur Andy ! ». C’est notre première satisfaction, la deuxième étant la mer et les sensations qu’elle procure. Même si nous l’avons souvent eu dans le nez ; à ce sujet, je me suis trop fié aux guides nautiques en ce qui concerne les quadrants de vents: ils donnent en majorité des directions Nord et Est – même si le Sud reste présent, mais pas majoritaire. Nous avons eu 15 journées de vent complètement contraire ou de pétole… Le bateau, lui, ne souffre d’aucun reproche : Le problème de jonction de poutre est aussi lié au choix que nous avons fait de remplacer les clavettes par un boulon, non serré. La mer, souvent face bâbord, a fait taper plus que de raison le flotteur, élimant au niveau du boulon l’aluminium de la poutre. Nous nous sommes aperçus trop tard de notre erreur, mais cela nous servira de leçon… Pour la suite !
a2pa, 3ème épisode
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Car suite il y a et il y aura. Croyez-vous franchement qu’on allait lâcher l’histoire là ? Mais non ! nous sommes revenus en France hier et repartons demain aux aubes, remorque au cul, pour récupérer Andy. Nous savons comment remédier aux bobos dont il souffre, et parions sur son retour à l’eau dans 2 semaines. Bien sûr, il est trop tard pour redescendre à Valence et continuer notre chemin, comme prévu. Mais nous avons (re) appris une chose fondamentale : l’aventure est là , devant la porte. Et que la découverte de l’inconnu – sur soi et ce (ceux) qui nous entoure(nt) en est la composante essentielle. Pas d’échec pour nous. Et des deux de l’équipage, Willy mérite la médaille (en chocolat, il adore). Son caractère toujours calme, même dans les moments difficiles a temporisé le mien : l’équipage a ainsi fonctionné à merveille. Son autre performance est physique : à 43 balais, il n’est pas mort le poulet ! Multiples transferts – toujours sécurisés – descente dans la cabine, passage de pontons, rien de l’a vraiment arrêté et j’ai souvent été bluffé. Côté nav’, nous avons maîtrisé la chose jusque force 5 – limite pour nous, trop d’énergie est consacrée à nous maintenir -.
Andy devrait de nouveau être à l’eau fin juillet… Nous vous tiendrons au courant pour la suite de ses aventures. Car il y en aura dès qu’il touchera l’eau : la Méditerranée est grande (surtout quand le bateau est petit).
Épilogue…
Nous sommes repartis de Valence dimanche aux aubes. Capitainerie de Valras, remorque attachée : direction Port de l’America’s Cup. Sept cents bornes, une paille que nous couvrons en six heures. Sur place, nous effectuons une rapide inspection d’Andy : tout va bien. Nous dételons la remorque près de la capitainerie, avec leur bénédiction. Encore une fois, chapeau à la gentillesse de l’ensemble du personnel de ce magnifique et accessible port. Connaissant maintenant les abords comme notre poche, nous allons directement à l’hôtel Beatriz (chic, accessible et pas cher !) sur l’Avenue des Baléares. L’Espagne se prépare à sa finale et partout les drapeaux sang et or flambent dans la brise de sud (encore !). Le voyage nous a un peu cassé et demain matin, faut assurer le démâtage avec des gens qu’il va falloir guider. On est cassés, mais bon, c’est la finale et Willy aime bien ça. Petite douche, brin de sieste et nous voilà dans le hall de l’hôtel qui a sorti tous ses écrans disponibles. Petit à petit, ça s’anime ; mais pendant près de deux heures, les ongles se rongent, les esprits s’échauffent et le chauvinisme des commentateurs est à son comble. Jusqu’à la délivrance et le but qui sacre l’Espagne. Là c’est le souk dans l’hôtel, puis dans les rues, puis dans toute l’Espagne. Moi, je fais la gueule ; par esprit de contradiction, je supporte évidemment la Hollande et ai clamé haut et fort que l’arbitre était acheté par l’Espagne. Bon, ça y est, c’est fini ? on va se coucher ?
On va se coucher, oui. Mais question sommeil c’est autre chose. Jusqu’à pas d’heure, gueulards, coups de klaxons interminables, « burn » de motos. Il paraît qu’il y a eu des morts et des blessés ce soir-là en Espagne. Le matin nous cueille pas trop frais ; nous repartons au port pour vider le bateau. À neuf heures, comme prévu, l’aide arrive : c’est Christian, un Valenciano régatier qui bosse pour le chantier. C’est lui qui va désarmer Andy. Il amène ce dernier à la Marina Sud, là où se trouve la rampe et Mister Honda démarre au quart de tour. Deux autres gars l’attendent et méthodiquement plient, démontent et dévissent…Une paire d’heures plus tard, Andy est sur sa remorque, prêt à repartir. Nous réglons la note, avalons un « bocadillo » et banzai, c’est reparti dans l’autre sens… Avec 600 kilos aux fesses. À cent à l’heure, le trajet est long et les camions légion. Nous revoyons défiler les panneaux de l’autoroute : Castellon, Vinaros, Barcelona. La frontière arrive, et vers dix heures, je mets le clignotant de ma camionnette pour sortir à Valras Plage. On paie le péage, et au premier rond point, un coup d’œil dans le rétro m’affole : la roue gauche de la remorque fait des huits ! J’arrête mon char pour sortir : le moyeu de la remorque est HS. Nom de Zeus, encore une galère ! mais encore une chance : si ça avait lâché sur l’autoroute… Je fais signe sur la route : un puis deux puis dix véhicules passent sans s’arrêter. Tu vois un type en fauteuil sur le bord de la route te faire des signes d’assistance et tu t’arrêtes pas ? Maudit sois-tu, vacancier. De quoi as-tu peur ? De car-jacking ? Pas d’outil dans la voiture, en tout cas pas accessibles vu le chargement du Caddy. « On n’a pas le choix Willy, faut bouger ». Nous voilà donc repartis, à 20 à l’heure. Il reste une dizaine de kilomètres, et arrivés sur le parking de la capitainerie, le moyeu rend l’âme et la roue se met à 45°.
À la réparation d’Andy s’ajoutera donc celle de la remorque avant que notre trimaran ne retrouve l’eau…
a2pa, 4ème épisode
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Commentaires
Respect pour vos aventures les gars, belle leçon. On se croise en octobre, mais si d'ici la vous passez par le Gers,( cherchez pas c'est sur terre ferme,) arretez vous a port Canta, moi aussi j'ai du Honda, vous serez pas perdu !!
Tchao Pierrot