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27 Juin 2010

Préambule…
La plupart des aventures commencent par un préambule : présentation des acteurs, de l’aventure et des raisons qui ont poussé les hommes qui la vivent. C’est pour nous important, car nous n’avons rien d’athlètes ou de héros. Paraplégiques tous deux depuis 14 ans, nous ne sommes pas des dingues de sport ou d’activité physique ; côté voile, si Willy tous les étés navigue sur le lac de Pareloup (12) principalement sur Néo 495 (monotype accessible), il n’a jamais navigué en mer que sur Andy, notre petit trimaran. Quant à moi, cela fait 10 ans que je n’ai pas effectué de grande croisière – la dernière m’ayant conduit jusqu’à Djibouti sur un catamaran de 44 pieds. Je suis un adepte de l’adage de Winston Churchill : « No sport ». Mon sport, c’est la vie !
 Les raisons qui nous ont poussé à choisir un Astus 20 pour vivre cette aventure tiennent en 2 mots : accessibilité et maîtrise. Accessibilité, car le petit trimaran possède d’origine des qualités indéniables : transfert par les trampolines assez faciles pour les deux paras que nous sommes ; les assises que nous avons fait fabriquer et la pose de mousses de protection complètent la vision minimaliste que nous avons de l’accessibilité. Maîtrise du bateau, car comme le dit le proverbe « petit bateau, petits problèmes » : nos trois voiles sont manoeuvrables du cockpit et les manoeuvres de mouillage ou d’accostages sont possibles sans assistance des flotteurs.
 Enfin, évoquons en quelques mots les raisons qui nous ont conduit à envisager ce type d’aventure… Elles sont d’abord humaines ; l’aventure en bateau est faite de rencontres, d’émotions, de joies et de difficultés qui laissent à jamais un souvenir indélébile – que la croisière dure quelques jours ou quelques années. Mais la raison principale est de vivre une navigation sur un bateau (ridiculement) petit sans l’assistance de valide à bord – sans assurance donc -. Ce parti pris permet aussi aux escales de nouer des contacts plutôt originaux…
Ceci étant dit…
Épisode 1 : du départ à Barcelone (ou comment les prévisions peuvent tomber à l’eau)

Notre départ prévu le 19 juin a été reporté au 23 pour cause de fort coup de vent sur le Golfe de Lion et la Costa Brava. Ainsi est la Méditerranée, toujours imprévisible… et c’est pour cette raison qu’on l’aime !
Nous sommes donc partis dans une météo rêvée. Andy est chargé jusqu’à la gueule : entre l’avitaillement pour 10 jours d’autonomie, le matos médical – sondes, poches, pharmacie – les fauteuils, le matériel de tournage, nos tenues de nav’ et quelques effets personnels, il n’y aurait pas moyen d’embarquer quoi que ce soit de plus. Adieux toujours émouvants aux proches – qui trouvent toujours notre bateau ridiculement petit, et les amarres sont larguées : direction les Caps Béar et Creus, direction l’Espagne, premier pays à longer. Notre plan est de descendre la côte espagnole jusqu’à Carthagène et de là , trouver un voilier qui nous accompagne jusqu’en Afrique, pour des raisons évidentes de sécurité – notre coque de noix est armée pour la navigation côtière -. L’objectif est d’abattre 50 milles nautiques par journée de navigation et 100 milles si nous naviguons aussi la nuit.

Notre départ de Valras se fait accompagné des bateaux de l’école de voile ; direction Port Vendres ou Collioure pour passer le Cap Creus vers l’Espagne dès le lendemain. Et les premières heures se passent à merveille… jusqu’au passage de la falaise de Leucate où d’un seul coup, le vent forcît pour atteindre force 4 avec des rafales à 5, limites de navigation pour Andy. Cirés et salopettes de rigueur, démarrage de notre mini moteur et nous avancerons pendant 3 heures dans une mer hachée, avec un vent contraire. Mais tout se calme en fin de journée et nous apercevons les Pyrénées qui se jettent dans la mer. Le jour tombe et nous arrivons à Port Vendres pour la nuit. Premier dépliage de tente sur les flotteurs, gamelles de raviolis froids - la nuit sera courte. D’autant que surgit notre premier problème : les feux de mât ne fonctionnent pas… Donc pas de navigation de nuit pour l’instant. Qu’importe, nous verrons ça à Barcelone, notre prochaine étape.
 
Ce sont les yeux bouffis de sommeil que nous appareillons le lendemain matin : une bonne partie de la nuit, les flonflons de la fête de la Saint Jean et les feux d’artifice ont quelque peu perturbé notre sommeil. Mais bon, il faut y aller. D’autant que la manœuvre prend quelque temps : tous les soirs, il faut sortir le matériel de bivouac – les tentes, les duvets et la nourriture pour effectuer la manipulation inverse au matin. Puis lever le mouillage, le lover dans l’ordre, préparer les voiles pour enfin démarrer le moteur – baptisé Mixer -. Il nous faut une bonne heure à chaque fois, que nous devons déduire de notre temps de navigation ou de sommeil…
Direction Cap Creus dans une mer d’huile : Mixer ronronne et Andy avance à 5 nœuds et lorsqu’un petit vent se lève, c’est dans le nez que nous l’avons. Pas moyen de hisser les voiles avant le passage du cap. Mais la beauté du site nous fait vite oublier le vacarme incessant de notre petit hors-bord. Ce coin de Méditerranée est sublime et sauvage. La côte vire au sud ouest vers les îles Mèdes… et le vent aussi. Nous décidons de tenter de tirer des bords pour sortir de la baie de Rosas quatre heures durant ; mais rien à faire : quand ça veut pas ça veut pas ! Las, nous ferons étape à Rosas. C’est notre première entrée dans un port que nous ne connaissons pas et les bateaux de toute taille affluent en ce début de soirée. Andy est comme un bouchon au milieu des vagues créées par ce trafic ! Un contact VHF à la capitainerie pour expliquer notre cas, et dès notre arrivée, un petit zodiac nous attend. Le problème est que tous les pontons sont hauts et pour débarquer, sans aide, impossible. Mais les employés du port se mettent en quatre pour nous aider. Notre pari « humain » est réussi : la sympathie que provoque notre petit bateau et son équipage marche à plein. On nous presse de ne pas hésiter à demander de l’aide si besoin.

À être au port, autant profiter d’une nuit d’hôtel et d’un repas tranquille. Nous repartons le lendemain matin. Toujours sans feu de navigation, nous savons que nous devrons faire étape avant d’atteindre Barcelone. Et toujours ce vent dans le nez, qui nous empêche encore, toute la journée, de faire route à la voile. Mais le décor est sublime. Nous ne sommes pas encore dans l’Espagne hyper touristique et nous finissons notre journée dans une crique aux eaux cristallines, tout près des mouettes et des cormorans qui nichent là . La nuit fut courte car nous avons encore une quarantaine de mille abattre avant Barcelone et les conditions de vents sont toujours identiques La navigation devient monotone dans le vacarme du hors-bord et la côte aux abords de Barcelone est défigurée par les complexes industriels ou hôteliers. Barcelone est enfin en vue lorsque ce fichu vent de sud forcit plus que de raison ; les trois dernières heures de navigation seront un vrai supplice pour nous et le bateau. La mer s’est levée et notre petit trimaran tape fort dans la houle. L’inquiétude monte d’un cran, car nous sommes presque à court d’essence. Mais les dieux sont avec nous et l’entrée du port olympique est en vue. Après quarante minutes de manœuvres dans le port, une place accessible nous est attribuée. Il est 19h, nous sommes épuisés, salés et quelque peu démoralisés. Nous optons pour un repos de 24 heures à l’hôtel.
 
Nous avons couvert 150 milles sur les 2000 prévus et avons déjà plus d’une semaine de retard sur nos prévisions. Et la météo ne nous aidera pas les prochains jours : il faudra atteindre Carthagène à marche forcée et nous mettrons au moins 7 jours… Pour autant, allons nous arrêter notre « expérience » ? pas question ! nous irons au bout de nos 7 semaines de navigation, qu’importe où sera notre arrivée. Il n’en demeure pas moins que nous prenons pleinement conscience de la difficulté de ce que nous entreprenons, physiquement et moralement. Mais la Méditerranée nous donne tant de belles choses jamais vues ni vécues autant pour Willy que pour moi : le jeu en vaut la chandelle et tant que notre petit trimaran tient le coup, nous continuerons.
Les liens :
Le teaser du documentaire
http://www.youtube.com/watch?v=M_Y0c70GkCU&feature=channel
Le site de l’expédition :
www.a2pa.org
Le chantier :
www.astusboats.com
Lien Facebook Ad Augusta Per Angusta*:
http://www.facebook.com/group.php?gid=177306818087&ref=ts
* Ad augusta per angusta : Vers de grandes choses, vers la gloire, en passant par des voies étroites, tortueuses.






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