Interdiction de la prostitution : et de l'assistance sexuelle ?
14 juil. 2012
Sitôt nommée Ministre du droit des femmes (et porte-parole du gouvernement), Najat Vallaud-Belkacem s’est attelé à une tâche qui ne pouvait vraiment pas attendre : interdire et abolir la prostitution. C’est un peu comme interdire la guerre (et la vente d’armes) ou la faim et la misère dans le monde. Le feu, ça brûle et l’eau ça mouille. Personnellement, je suis pour l’interdiction des oignons qui font pleurer – ce qui, j’en suis sûr, serait plus facile à réaliser.
Ce « combat » est mené depuis des lustres par les féministes abolitionnistes d’un côté et les grenouilles de bénitier de l’autre (les mêmes qui regardent ailleurs quand on évoque le mariage des prêtres et les cas de pédophilie avérés dans la Saint Eglise). Leur argument principal est que la condition de la femme, exploitée et forcée par des mafias de proxénètes à vendre son corps, est dégradée ; argument complètement recevable si l’on se réfère à cette prostitution d’abattage souvent contrôlée par des réseaux de l’Europe de l’Est où les femmes ne sont que des esclaves. Mais quid de celles qui affirment avoir choisi ce mode de subsistance, revendiquant le titre de travailleuses du sexe ? Elles étaient des centaines à manifester à l’annonce de la Ministre, clamant haut et fort leur droit de faire ce qu’elles veulent de leurs culs – argument aussi recevable que celui cité plus haut.
En réalité, l’abolitionnisme n’est qu’une position morale, car dans les faits, la loi française est déjà dans l’abolition. Depuis la fermeture des maisons closes en 1946 par (l’ex-prostituée) Marthe Richard, l’arsenal juridique français ne donne pas vraiment dans le laxisme et l’acceptation de la prostitution. Au contraire, l’Etat a aboli toutes les règles qui contrôlaient l’activité (hygiène, santé, répertoire des prostitués) et n’a eu de cesse de punir d’abord les prostituées elles-mêmes, puis les clients – ce qui revient exactement au même.
Cette position morale est aussi de mise en ce qui concerne l’assistance sexuelle. Les mêmes arguments sont utilisés par les mêmes personnes, arqueboutés sur leurs principes, mettant dans le même sac droit à la sexualité et prostitution. D’ailleurs, le thème du droit à la vie affective des personnes handicapés n’a pas encore été abordé par le gouvernement actuel - ni par la Ministre en charge.
À la question*« Allez-vous autoriser la création de services d’accompagnement sexuel pour les personnes lourdement handicapées ? », l’alors candidat et désormais Président Hollande avait répondu : « C’est un débat difficile. L’aspiration de chacun à une vie affective et sexuelle est légitime. Mais nous ne devons pas aboutir à une solution qui reviendrait à organiser un service de prostitution. Nous devrons mener ce débat, regarder ce qui se passe dans d’autres pays, sans préjugés. » Plus flou, tu meurs ; mais en filigrane, l’assimilation à la prostitution est bien là, et donc avec elle, l’abolition de l’assistance sexuelle…
* Dans « Faire Face »
Pierre Bardina




