Le burn out de la société française
2 avr. 2011
Le médiateur de la République, Jean-Paul Delevoye, vient de remettre son dernier rapport au Président Sarkozy. Dernier, puisque l’institution qu’il préside va disparaître, au profit d’une autre – Défenseur des Droits - qui va également intégrer le Défenseur des enfants, la Commission nationale de déontologie de la sécurité et la Halde. Jean-Paul Delevoye y décrit une société française en crise, en « burn out » - en épuisement, donc.
Violence dans les rapports humains, agressivité en hausse, cassure avec les institutions, rupture avec le pacte générationnel, tels sont les symptômes d’une société française malade.
En ce qui concerne le handicap, Jean-Paul Delevoye dénonce la différence de traitement d’un département à l’autre pour, par exemple, l’attribution du taux du handicap. Il donne l’exemple de deux pathologies identiques qui donneront 50% de taux de handicap dans un département et 80% dans l’autre. Le Médiateur note aussi le sentiment de maltraitance généralisé à l’hôpital, tant du côté des soignés que de celui des soignants – les uns victimes de la politique du chiffre à l’hôpital, les autres victimes du stress et des impatiences des précédents. Les lenteurs du service public sont aussi pointées du doigt, pouvant devenir dramatiques dans le cas de rupture de paiement d’allocation lors du renouvellement. Pour le Médiateur, ce n’est pas aux usagers de s’adapter au confort de l’administration mais à l’administration de s’adapter au confort de l’usager. En clair, les réductions drastiques de personnel dans tous les secteurs vitaux de notre société – éducation, justice, soins – pour des raisons purement comptables ont conduit notre modèle à la rupture. Pire que cela, Jean-Paul Delevoye dresse le portrait d’une France qui se méfie de l’autre, qui refuse la solidarité parce qu’elle voit trop d’inégalités.
D’ailleurs, les temps ont comme un petit fumet d’égout : de la Députée qui veut remettre les émigrés dans leurs bateaux pour les refouler aux derniers résultats des élections cantonales, en passant par les débats stériles, tout rappelle les époques de crise. À commencer par rejeter son voisin, on finit par jeter l’opprobre sur le faible, sur celui qui est à charge.
Il faut, d’urgence, redonner tout son sens à la solidarité ; ce n’est pas ce qui est fait en ce moment, et les valeurs mises en avant ces dernières années ont plongé la société française dans une mélasse gluante d’où il est difficile de s’extraire. Difficile mais pas impossible : « Nous devons retrouver le sens de l’engagement, de la solidarité de proximité, du partage mais aussi du respect de l’Homme et de ses Droits » rappelle Jean-Paul Delevoye… tout un programme.
Pierre Bardina




