Actualités

Andy.fr - Actualités

"La France a peur"

13 févr. 2012

 Mal logés, mal nourris, mal payés, mal employés, mal aimés, mal considérés, les Français - en général et handicapés en particulier – sont mal. Et ils ont peur, on ne cesse de nous le rabâcher, sur toutes les ondes possibles façon Roger Gicquel : peur de la crise, peur de perdre son boulot ou de ne jamais en (re)trouver, peur de ne pas pouvoir payer ses crédits, peur de l’autre, le différent, le pas pareil. Ces émotions – mal être et peur – sont au centre des thèmes de la campagne présidentielle, y compris en matière de politique du handicap.

 

La peur, l’UMP, parti présidentiel, s’en sert pour l’instant comme seul et unique argument de campagne : sans lui (Nicolas Sarkozy), ce sera la catastrophe, « l’état de guerre » comme l’a dit le président de l’assemblée nationale Bernard Accoyer. Tous ceux qui ont connu 1981 et l’arrivée de François Mitterrand à la fonction suprême connaissent la chanson : on n’a pas vu l’Armée Rouge place de l’Etoile ni les devises s’échapper par camions.

Face au désenchantement des citoyens handicapés qui ont vu les lois et les bonnes intentions ne jamais se réaliser pleinement, les candidats ont reçu les représentants de l’APF pour signer le Pacte 2012. Marine Le Pen l’a paraphé la première ; quand on connaît les avis éclairés et progressistes des Catholiques intégristes qui sont légions dans les rangs du FN, on pourra juger de la valeur de l’engagement de Madame Le Pen, en matière d’assistance sexuelle par exemple. On se souviendra aussi des propositions de son gentil papa Jean Marie, qui proposait en 2007 des « villages d’handicapés » - stand the ghetto.

Il paraît que Nicolas Dupont Aignan et Corinne Lepage l’ont aussi signé ; mais comme leurs candidatures, leurs signatures restent anecdotiques. Ces micros candidats pourraient signer n’importe quoi, cela n’aurait aucun impact. D’ailleurs, quelle portée a ce Pacte – à part porter les revendications justifiées de l’APF ? Les programmes sont déjà approuvés par les partis et dans l’ensemble assez éloignés de ce que demande l’APF. Pour exemple, le droit à des ressources suffisantes avec un alignement de l’AAH sur le SMIC n’emballe aucun parti. Pour François Hollande, « il n’est pas pertinent de comparer le niveau de l’AAH à celui du Smic, ni de souhaiter les faire converger : l’AAH est un minima social, et non une garantie de ressources comme le Smic». Quant à l’UMP, elle se réfugie derrière la revalorisation de l’allocation ces cinq dernières années : « Promesse tenue ! » comme ils disent.

Bien seule, Eva Joly promet de donner des revenus suffisants aux personnes handicapées. Dans ce dessein, la candidate d’Europe Ecologie-les Verts (EE-LV) est favorable à la création d’un revenu «d’existence», dont le montant n’a toutefois pas été dévoilé. En attendant sa mise en place, Eva Joly plaide pour une revalorisation immédiate de l’Allocation aux adultes handicapés (AAH), et pour un accès de ses bénéficiaires à la CMU complémentaire.
Le Modem et François Bayrou restent dans le vague – le flou comme programme – en enfonçant les portes ouvertes : « Dans le cadre de l’activité universelle, ouverte aux titulaires de minima sociaux, et du service civique rendu par tous les jeunes Français, de nouvelles formes de prise en charge et d’accompagnement des handicapés seront rendues possibles. » Comprend qui peut.

A éplucher les programmes des candidats, la timidité des propositions pour l’amélioration de conditions de vie des personnes handicapées et la pleine application des lois et décrets votés depuis 40 ans fait loi. Seuls les candidats qui n’ont aucune chance d’être élus – comme Eva Joly ou Jean Luc Mélenchon – vont réellement dans le sens du « Pacte 2012 ». Les autres restent sur une communication de crise, avec la dette et sa résorption comme credo : ça fait rêver, non ?

 

 

AAH: allocation adulte handicapé
* Roger Gicquel, présentateur du JT sur TF1 dans les années 70/80

AuteurPierre Bardina